J’ai le syndrome de l’imposteur …

Selon Pauline Rose Clance, l’une des psychologues à l’origine de l’identification du phénomène dans les années 70 : 60 à 70% de la population mondiale peut être amené à ressentir au moins une fois dans sa vie, les effets du syndrome de l’imposteur. L’émission que j’aime tant  » Emotions  » de Louie Media essaie de comprendre pourquoi.

D’ailleurs attention mais le syndrome de l’imposteur n’existe pas. Comme l’indique cet article dans Slate, c’est un abus de langage. Dans cet article je garderai toutefois le concept du  » syndrôme  » pour rester au plus proche du podcast.

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Pauline Rose Clance, regrette cette altération. Elle a récemment précisé que, si c’était à refaire, elle parlerait d’«expérience de l’imposteur», afin d’insister sur le fait qu’il s’agit davantage d’un mécanisme psychologique que tout le monde est susceptible de vivre un jour.

Extrait de l’article sur slate.Fr


Les phrases qui peuvent vous mettre la puce à l’oreille :

  •  » Je ne suis pas capable de le faire « 
  •  » Est ce que le monde entier ne va pas réaliser que je ne suis pas assez doué.e pour faire ça ? « 
 » Ils vont voir que je suis trop nul.le « 

Ce syndrome est un sentiment qui empêche la personne de donner le meilleur d’eux même dans leur vie personnelle ou dans leur vie professionnelle, car ils ne se sentent pas assez légitime, pas assez à la hauteur, pas capable d’y arriver.

Quand Cyrielle Bedu, la créatrice de cette émission, s’est demandée par quoi elle devait commencer, elle a pensé au témoignage d’une femme qu’elle avait entendue dans le documentaire  » Ouvrir la voix « , la réalisatrice Amandine Gay. Dans ce film, des femmes françaises et belges, racontent face caméra ce que c’est d’être une femme noire dans leur pays, ce qu’on ressent quand on subit les attaques racistes et misogynes quasi quotidiennement.


Témoignage : Nasria

Nasria une ingénieure d’une vingtaine d’année. Elle témoigne de sa difficulté de se faire une place dans le milieu professionnel dans lequel elle ne se sent pas du tout légitime. Se sentiment d’illégitimité – en revanche – elle l’a depuis trés longtemps.

J’ai grandi dans un milieu populaire, dans une des seules citées d’une ville bourgeoise du 92 sud. J’ai toujours été la 1ère de ma classe. J’ai eu une distinction par le 92 grâce à mes écrits quand j’ai été en 3e.

Nasria

Au lycée, ses profs lui conseillent de faire une 1ère scientifique. Ce qu’elle fait. Après le bac, Nasria annonce qu’elle souhaite aller à la fac. Son prof principal de l’époque lui dit que c’est une très bonne élève, qu’elle ne doit pas faire ça (ce qui semble pourtant être la suite logique selon Nasria). Son prof lui parle des écoles préparatoires pour rentrer dans les écoles d’ingénieur. Pour Nasria, ça n’est pas possible, ce genre d’école n’est pas pour elle car tout le monde dans son entourage est allé à la fac.

Une fois le bac avec mention. Tout le monde est fier de Nasria. Arrivée à la fac de Jussieu (Paris 6), réputée pour former des chercheurs de renoms. Nasria passe les années facilement, sans faire trop d’effort, elle termine dans les 5 premiers de sa promotion de 1000 élèves.

Un jour elle est convoquée par le  » doyen  » pour un entretien. C’est la seule de sa promo à avoir reçu ce mail d’entretien envoyé directement par le doyen. Nasria se dit que c’est foutu, qu’elle va se faire virer, qu’il y a un problème. Ce dernier lui demande ce qu’elle veut faire dans la vie. Nasria n’en sait rien. Celui-ci lui répond qu’elle n’est pas à sa place ici, qu’elle devrait faire une grande école d’ingénieur. Selon lui avec ses notes, son caractère, son profil elle va s’ennuyer à la fac. Nasria ne comprend pas, elle est dans une des meilleures fac de France, pourquoi elle quitterait cela. Le doyen lui explique alors le système des grandes écoles, il lui raconte que ce genre d’écoles apportent les hauts cadres de demain pour la France, que selon lui, Nasria a sa place là bas.

Le doyen a beaucoup parlé d’ « avoir sa place » et cela m’a beaucoup marquée.

Nasria

Nasria – à ce moment là à 20 ans. Elle ne se voit pas recommencer un long cycle : école préparatoire et école d’ingénieur. Rentrer dans ce cursus  » d’excellence  » ne lui parle pas, elle ne se voit pas du tout dans ce contexte. Le doyen propose à Nasria des écoles qui prennent sur dossier, et lui propose une lettre de recommandation de sa part. C’est comme ça que Nasria a sélectionné quelques écoles parmi la liste que le doyen lui avait passé. Elle s’impose un nombre de critères de sélection élevé (un moyen inconscient pour elle de se mettre des bâtons dans les roues). Finalement, elle postule aupréd d’une seule école, pas loin de chez elle.

Une fois le dossier constitué et déposé. Nasria reçoit une réponse positive de l’école. On lui propose un entretien et d’entrer directement à la 3e année, sans passer par les deux ans de prépa. En se rendant à ce rendez-vous, Nasria n’est pas folle de joie, elle était même plutôt défaitiste :  » De toute façon ça ne marchera pas, ça n’est pas là où je dois être « .


Cette peur de ne pas être à la hauteur. Cette crainte que quelqu’un vous dise que vous n’êtes pas là où vous devez être. Que ce soit en prépa, en école d’ingénieur, dans votre poste actuel, dans une relation amoureuse ou même dans une relation amicale. Ces sentiments sont justement des caractéristiques du syndrôme de l’imposteur.

Il y a 3 piliers principaux (informations données par le docteur en psychologie : Kevin Chassangre) :

  • Avoir l’impression de tromper son entourage, de ne pas être à la hauteur, de ne pas mériter sa situation ou sa place actuelle
  • La mauvaise attribution : expliquer sa situation a des facteurs externes comme la chance, le hasard, une erreur, les relations ou encore la facilité de la tâche
  • La peur de pouvoir un jour ou l’autre, être démasqué par les autres. C’est une peur irrationnelle dans la mesure où tous les indices objectifs de compétences et d’intelligence sont là mais la personne reste avec cette peur là.

Dans le cas de Nasria, on peut dire qu’elle était quand même pas mal proche de ces 3 piliers :

La peur de tromper son entourage :

-> C’est quand elle ne voulait pas aller en classe prépa et plutôt rester dans sa zone de confort qui était pour elle celle de la fac

Concernant la mauvaise attribution :

-> Cela c’est manifesté quand elle a attribué sa réussite à des éléments extérieurs. Comme à la fac quand elle disait qu’elle était bonne élève car les cours étaient, selon elle, très faciles.

Et il y a la peur d’être démasquée :

-> Nasria se disait que c’était simple d’être bonne élève. Dans les classes prépas où il y a de la sélection, du concours, elle se disait que ça allait se voir qu’elle n’était pas si bonne que ça.


Une personne qui a ce syndrome de l’imposteur, à la différence d’un véritable menteur, va être persuadée d’être un imposteur et de pouvoir être un jour ou l’autre être démasquée et accusée comme tel, alors que tous les indices prouvent le contraire. Il y a un double processus :

  • Externaliser ses réussites :
    • Les expliques par des facteurs externes comme la chance, les gens me surestiment, etc
  • Internaliser les échecs :
    • Attribuer l’erreur à soi-même : si j’ai échoué c’est parce que je ne suis pas compétent, je ne suis pas intelligent, c’est ma faute, je n’ai pas assez de connaissance….

Le syndrome de l’imposteur a plusieurs autres caractéristiques :

Le fait d’avoir une définition, une représentation plutôt fixe et rigide de la notion de performance et d’intelligence. Dans le syndrôme de l’imposteur, on retrouve l’idée du tout ou rien : soit je suis compétent, soit je suis un imposteur. On est dans 2 opposés.

Ceux qui ont ce syndrôme ne voient pas l’intelligence ou la performance comme quelque chose qui évolue, d’où le fait qu’on apprend de ses erreur ou qu’on peut toujours s’améliorer.

Le fait d’avoir une forte anxiété est liée au fait d’avoir peur d’être démasqué. Cette anxiété peut être générale ou plus liée à la notion d’ordre (Des évaluations ou des rencontres avec autrui). Cela génère plusieurs peurs et craintes :

  • La peur de l’échec,
  • La peur et la culpabilité vis-à-vis de la réussite. On se sent coupable de réussir
  • Il y a la peur de ne pas réussir à reproduire un succès déjà réalisé car les personnes atteintes de ce syndrome manquent de confiance en elles.
  • Elles peuvent avoir peur qu’on puisse leur demander davantage ensuite, que les exigences de l’entourage puissent être plus élevés et donc d’amener un risque d’être démasqué

Le dénigrement des compétences : le fait de sous évaluer ses connaissances ou son intelligence. On a aussi le cycle de l’imposteur, qui est un cercle vicieux qui se met en place de manière automatique et pernicieuse et qui va alimenter cette faible confiance en soi et son sentiments d’imposture.

Dans le cycle de l’imposteur :

J’ai une tâche à réaliser et je suis anxieuse à l’idée de la faire. Cette anxiété est en lien avec la peur de l’échec, la peur de l’évaluation et donc de la critique ou encore la peur de réussir.

De cette anxiété vont découler plusieurs stratégies d’auto sabotage. Elles peuvent être misent en place consciemment ou non. Cela peut être par exemple : le fait de passer son temps au cinéma au lieu de lire ses cours, ou bien prendre son billet de train à la dernière minute en espérant que tous les trains seront complets. Pour le cas de Nasria c’est d’envoyer son dossier que dans une seule école, alors que le doyen lui en avait proposé une dizaine.

Il y a de nombreuse façon de s’auto-saboter, qu’on peut regrouper dans 2 catégories :

  • La procrastination : repousser au lendemain ou au surlendemain ce qu’on est censé faire aujourd’hui. Le risque est qu’avec l’échéance qui arrive il faut mettre les bouchées doubles pour y arriver
  • Le travail frénétique : les personnes se mettent à 200 % à fond dans ce qu’ils font pour être sûr de réussir.

Et comme les personnes qui ont ce syndrome sont intelligentes et compétentes, peu importe ces deux stratégies, elles réussissent. L’ennuie c’est qu’en cas de procrastination, la première pensée qui va venir c’est j’ai réussi grâce à la chance, et si elles ont été dans un travail frénétique ça va être : j’ai réussi mais c’est parce que j’ai fourni beaucoup d’effort et si j’ai dû fournir autant d’effort c’est que je ne suis pas si intelligent que ça.

Il va y avoir donc toujours cette impression de ne pas être à la hauteur et de tromper les autres et ça va se reproduire pour une prochaine tâche à réaliser

Kevin chassangre

La procrastination, c’était l’option de Nasria juste avant de se rendre à l’entretien auquel elle avait été convoquée pour l’école d’ingénieur. Nasria raconte qu’elle n’avait fait aucun effort vestimentaire alors que ce genre de convocation l’exige et est arrivée avec 1 h 30 de retard. Elle n’était pas la seule à passer un entretien, elle a remarqué que les autres candidats étaient trés bien habillés, prenaient du temps à compléter une feuille de renseignement alors qu’elle n’avait pas préparé grand-chose et trés superficiel.

Nasria en sortant de son entretien se dit qu’elle l’a complétement raté, mais quelques jours plus tard elle reçoit un courrier qui lui annonce qu’elle est acceptée. Ses parents étaient ultras fiers, tandis que Nasria était trés surprise et elle avait trés peur.

Pendant 3 ans, Nasria s’est rendue dans cette école. À la veille de chaque examen, elle avait peur d’être démasquée, peur de ne pas être à sa place. Elle a finalement été diplômée et à la sortie, il a fallu entrer sur le marché du travail. Elle a rapidement trouvé son premier poste. Sa responsable de l’époque lui a rapidement confié des tâches à responsabilités, elle voulait même que Nasria reprenne l’équipe durant son congé de maternité. Nasria se sentait mal face à des personnes avec 20 ans d’expériences face à elle. Nasria ne comprenait pas pourquoi sa responsable lui fasse autant confiance, d’autant plus qu’elle a pu voir tous les CV des personnes qui avaient postulé pour avoir ce poste. Il y avait des profils avec beaucoup d’expérience, d’autres qui ont fait de super bonnes écoles, des références de qualités, que Nasria n’avait pas. Un jour Nasria demande à sa responsable pourquoi elle l’a choisi elle, celle-ci répondit que l’entretien c’était bien passé, qu’elle sentait bien que Nasria était motivé, qu’elle lui faisait confiance et qu’elle savait qu’elle allait y arriver.

Ces mots là m’ont fait énormément de bien parce qu’au final, les projets qu’elle m’a donné, je les ai tous concrétisés.

Nasria

Alors que Nasria n’avait pas confiance en elle, sa responsable lui en a donné suffisamment. Aujourd’hui Nasria est chef de projet dans l’industrie pharmaceutique, elle gère des projets d’envergure, avec des équipements chers, de pointes, avec une technologie trés poussée. Elle travaille avec des équipes multi disciplinaires : chercheurs, doctorants, des gens qui ont des expériences pro mondiale. Si aujourdh’ui elle y arrive, c’est grâce à la confiance que cette responsable lui a fourni à l’époque. Dans le travail qu’elle fait, Nasria voit des résultats concrets pour l’entreprise et que c’était apprécié.

Le fait que ça aille au-delà d’une note, d’un examen et que ça avait de l’impact sur la vie des gens, sur une entreprise entière, qu’aux yeux des autres collaborateurs son travail avait de la valeur, Nasria s’est rendu compte qu’elle avait un potentiel et qu’elle pouvait utiliser.


Il existe un test pour savoir à quel point on est touché par le syndrome de l’imposteur

Ce test a été fait par Pauline Rose Clance (la première à avoir nommé et identifié ce syndrôme), il fait encore référence dans le milieu de la psychologie. vous pouvez le faire en cliquant ici.

Ce test est intéressant mais il ne répond pas au  » Pourquoi « . D’où vient ce syndrôme ? Est-il propre à une génération ? La journaliste de ce podcast interview la psychiatre, neuroscientifique et coach Tara Swart.

Elle raconte dans son livre  » La Source  » les expériences de coaching qu’elle a mis en place pour aider certains de ses clients à faire face au syndrome de l’imposteur. Selon elle, ce syndrôme existe depuis la nuit des temps. Il serait lié à une peur profonde de ne pas être accepté, d’être rejeté par sa communauté. Elle raconte :

Il y a longtemps avant qu’on découvre le feu, avant que nos cerveaux se développent, on vivait dans la savane, à proximité d’autres animaux, on n’était pas beaucoup plus important qu’eux. On ne sait pas vraiment si on a découvert le feu par accident ou si notre cerveau a évolué et nous a ainsi permis d’utiliser des outils pour en faire. Quoi qu’il en soit on a découvert comment faire et comment contrôler le feu. C’est ça qui nous a permis de faire cuire la viande que nous attrapions.

Grâce à cela, on a pu digérer les protéines de manière plus efficace. Nos intestins ont rétréci et notre cortex cérébral a grossi. Ce qui nous a permis de parler – parce qu’avant on ne faisait que grogner et nous exprimer par geste. On n’avait pas la parole. C’est cette capacité à parler qui nous a différencié des autres animaux. L’autre aspect de notre cortex qui nous a permis d’être plus performant, c’était notre capacité à prévoir et à planifier le futur. Une fois cela acquis, on a pu commencer à vivre en tribu (250 personnes ou plus).

À partir du moment où on a eu les moyens de communiquer et la capacité à se projeter dans l’avenir. Faire partie d’une tribu est devenu un élément clé de notre survie. Parce qu’on pouvait désormais chasser, manger et dormir ensemble. On a commencé à ressentir les avantages des liens humains et de l’appartenance sociale. Ce sens de l’appartenance est le facteur de survie le plus important pour nous, plus important que le sommeil ou l’exercice physique. C’est pour ça que le syndrome de l’imposteur est si dangereux, car si vous n’appartenez pas à un groupe, si quelqu’un se rend compte que vous ne faites pas partie de la tribu, vous risquez de vous faire exclure. Vous devrez donc trouver votre nourriture tout seul, vivre et dormir tout seul, ce qui vous rendre plus vulnérable pour les prédateurs.

Même si ça relève de l’histoire ancienne, que nos modes de vie ont énormément changé depuis et que nous sommes moins menacés physiquement par des prédateurs, il s’agit de notre sentiment de sécurité dans la société. Par exemple au travail ou dans nos relations. Le syndrome de l’imposteur est devenu profondément lié dans nos sociétés à ce qu’on appelle aujourd’hui  » social safety « . C’est une peur primaire pour nous. Je sais que je peux trouver de la nourriture, mais si quelqu’un avec qui je travaille, ou un membre de ma famille décide que je ne suis pas qui je prétends être, ça peut être une véritable menace pour ma sécurité psychologique.

Si le syndrome de l’imposteur existe donc depuis que l’on vit en collectivité, pendant longtemps les chercheurs n’ont pas cru qu’il concernait tout le monde. En 1978, Pauline Rose Clance et Suzanne Imes publient un article retentissant : dedans elles identifient et définissent pour la première fois ce qu’est le syndrome de l’imposteur. Les deux chercheuses l’appellent alors :  » Le phénomène de l’imposteur « . À cette époque les deux amies sont toutes les deux professeurs en psychologie dans des universités de l’Ohio aux États-Unis. Le docteur Imes enseigne dans une petite faculté, à des groupes d’étudiants en difficulté, qui ont raté leur première année. Le docteur Rose Clance, travaille dans la prestigieuse université d’Oberlin où elle propose à des étudiantes, un suivi psychologique. Cette université est connue pour avoir été la première institution supérieure à admettre des femmes. Pendant qu’elle y enseigne, Rose Clance compte alors un grand nombre d’étudiantes parmi les élèves qu’elle reçoit. Le docteur Imes, de son côté, côtoie des groupes essentiellement constitué de garçons.

Ces dernières racontent comment elles en sont venus à identifier le syndrome de l’imposteur :

Toutes deux ont remarqué une grande différence entre leurs étudiants. Les étudiants d’Oberlin avaient un excellent niveau alors que ceux de l’Ohio avaient échoué à l’université. Elles ont remarqué une grande différence entre eux puis partageaient leur sentiment commun de ne pas se sentir assez intelligente, de ne pas avoir assez de capacité.  » Je ne suis pas assez bonne pour faire ci, je ne suis pas assez intelligente pour faire ça » sont des phrases qu’elles se partageaient mutuellement (étant de bonnes amies. Tout d’un coup, elles ont levé le voile sur ces sentiments, et elles ont commencé à en parler avec leurs étudiantes et avec d’autres professeurs de l’université.

Ce qui était vraiment drôle c’est qu’elles ont organisé une soirée pour les étudiants de l’Ohio et juste après pour celles d’Oberlin. Ceux de l’Ohio ont passé une soirée merveilleuse, ils ont dansé, joué, c’était un moment formidable. À l’inverse, pour les étudiantes d’Oberlin, c’étaient différent. Elles sont venues voir Rose et Suzan car elles pensaient que c’était une soirée pour apprendre quelque chose. Pendant les cours ont leur enseignait la communication, le leadership, etc, et elles voulaient encore qu’on leur apprenne des choses pendant la soirée. Elles ne pouvaient pas se résoudre à juste passer une bonne soirée et à s’amuser.

C’est comme ça que tout à commencer. En discutant avec les étudiantes d’Oberlin, les deux psychologues constatent le même phénomène : toutes les femmes qu’elles interrogent, malgré les parcours brillants, les résultats excellents qui leurs ont permis d’intégrer cette université prestigieuse, n’ont pas le sentiment de mériter leur place, on constamment peur d’être démasquées comme n’étant pas assez à la hauteur et craignent d’être expulsé de l’école. Même constat auprès de femmes actives de tout âge et des patientes en thérapie.

Pauline Rose Clance pensait que les femmes étaient plus touchées par ce syndrôme que les hommes. Au début des années 70 on mettait beaucoup l’accent sur l’accès des femmes au monde de l’entreprise. Elle a donc prêté plus d’attention à leur accomplissement à cette période. Pendant longtemps, après ces premiers travaux, beaucoup on cru que les femmes – comme toutes les minorités sociales – étaient celles qui ressentaient le plus le phénomène, mais en travaillant en tant que psy et neuroscientifique, e docteur Tara Swart s’est rendue compte que le syndrome de l’imposteur pouvait toucher une catégorie de population à laquelle elle ne s’attendait pas du tout. Les personnes riches et privilégiés qu’elle coache aujourd’hui dans le cadre de son travail. Tara est en effet souvent sollicité par de grandes fortunes mondiales en quête d’expert en neuroscience pour les aider à booster leurs performances cérébrales. Tara Swart raconte :

La première fois que quelqu’un m’a parlé du syndrome de l’imposteur, c’était un investisseur milliardaire. Il m’a dit : vous savez un jour quelqu’un va entrer dans mon bureau et me dire : qu’est-ce que tu fou ici, dégage, tu n’aurais jamais du être ici. On a tendance à penser que ces personnes qui réussissent viennent toute de famille de privilégier mais dans mon travail, ce n’est pas ce que j’ai observé. Que ce soit à l’école, l’université ou dans leur travail, mes clients n’arrêtent pas de se dire : je ne veux pas être pauvre comme quand j’étais jeune. Pour eux, l’éducation et le travail sont les seuls moyens de s’en sortir. Quand on ne vient pas d’un milieu riche et privilégier, on peut parfois avoir l’impression de ne pas être à sa place, ce qui peut contribuer à l’apparition du syndrome de l’imposteur. Je pense que même les gens qui viennent de famille de privilégier veulent souvent réussir autant voir davantage que leur parents. On se compare toujours à d’autres, ça fait partie de la nature humaine.

À partir du moment où le syndrome de l’imposteur est suscité par le sentiment de sa propre différence, dans un environnement donné, n’importe qui peut l’éprouver. Tout dépend des critères.

Podcast – Emotions – le syndrome de l’imposteur

Par exemple :

Si vous êtes un homme blanc, dans une réunion du CAC40 avec au hasard, que des mecs blancs. De l’extérieur on peut dire que vous êtes comme les autres. Mais si vous êtes le seul à ne pas avoir été diplômé de l’ENA, peut être que vous pourrez vous dire : Je suis un imposteur, je ne suis pas légitime dans cette réunion.

Ce syndrome peut vraiment toucher tout le monde. Reste que globalement, quand vous êtes comme Nasria, une femme, noire, transfuge de classe et aujourd’hui chef de projet dans l’industrie pharmaceutique, la probabilité que vous vous sentiez toujours différents des autres est beaucoup plus importante.

Kevin Chassangre explique :

Ce qui a de spécifique au niveau des minorités, dans le syndrome de l’imposteur, c’est une plus grande difficulté à trouver sa place et à assurer / assoir sa légitimité compte tenu justement, des stéréotypes sociaux. C’est un double combat, à la fois s’autoriser à se considérer légitime et se battre contre les stéréotypes qui peuvent être ancrés. Ils vont pouvoir expliquer le fait qu’ils soient arrivés dans cette situation par différents facteurs, notamment qui peut être en lien avec des stéréotypes : Je suis là parce que je suis telle personne, donc on m’a pris moi mais pourquoi moi ? Après tout est ce que je mérite vraiment ma place, est ce qu’il n’y aurait pas eu quelqu’un de plus compétent que moi …. Cela va alimenter ses sentiments, et de ce fait, on a soit l’idée de travailler plus et encore plus que n’importe qui pour prouver sa légitimité ou l’idée de se mettre en échec.

Les critères mis en place dés l’enfance jouent énormément sur ce syndrome et ce sentiment de ne pas avoir sa place.

Podcast Emotions – Louie Media

Les études ont montré qu’il y a 4 types d’environnement familial qui pouvait amener un syndrome de l’imposteur :

1 – Une survalorisation / idéalisation de l’enfant. L’enfant va justement intégrer l’idée qu’il est parfait, qu’il n’a pas droit à l’erreur. Du moment où il va – comme tout le monde – échouer ou faire une erreur, il va se dire automatiquement :  » puisque tout le monde pensait que j’étais parfait, puisque je ne le suis pas en fait je suis un imposteur « .

2 – Une absence totale de renforcement ou de valorisation (opposé du n°1). L’enfant n’arrive pas à intégrer un sentiment de confiance, d’estime ou d’efficacité. Il n’a donc pas conscience de ses connaissances ou de son intelligence.

3 – La comparaison. Cela concerne les enfants qui vont être beaucoup comparés soit avec d’autres membres de la fratrie ou par rapport à un autre environnement. C’est le fait qu’il y ait un décalage dans la comparaison. Par exemple, un enfant qui va être valorisé à l’école et qui ne va pas recevoir cette valorisation à la maison. Il y a un décalage, et l’enfant ne sait pas trop, sur quel retour se positionner.

4 – Les profils atypiques, du genre haut potentiel intellectuel ( ou surdoué). Les compétences sont plutôt différentes et non reconnues et donc ne vont pas être valorisées. L’enfant ne va pas intégrer un sentiment de confiance.

Ces sentiments, peuvent être là dés l’enfance. Cela peut prendre différents chemins, c’est vraiment en fonction du contexte de vie :

  • Soit ces sentiments vont rester et vont s’intensifier en fonction des périodes si la personne n’arrive pas en remettre en cause ces sentiments
  • Soit en fonction des contextes, la personne va être amenée à relativiser ses sentiments par elle-même.

Comment faire pour se débarrasser de ce syndrome de l’imposteur ?

Dans bien des cas (comme celui de Nasria), on peut ne pas se laisser submerger par ce syndrôme, par le stress ou la peur qu’il fait naître, et on peut éviter de passer à côté d’opportunités professionnelles ou relationnelles. Le docteur Tara Swart, a des astuces très pratiques pour se défaire de son syndrôme de l’imposteur :

Essayer de comprendre ce qu’il se passe dans le cerveau quand on le ressent. Elle explique que le cerveau fait face à un stress chronique. On éprouve un stress constant à l’idée être démasqué, à l’idée que quelqu’un s’aperçoive qu’on n’est pas là où on devrait être et on a peur de ne pas être reconnu à sa juste valeur, de ne pas se sentir en sécurité dans son travail ou dans ses relations. C’est un niveau de stress assez bas mais omniprésent mais qui n’a pas à être là. S’il n’y était pas, on serait beaucoup plus confiant et ça nous permettrait de prendre des risques qui pourraient ensuite nous conduire à une promotion par exemple, ou de meilleures relations. L’idée n’est pas de prendre des risques dangereux mais d’être capable de prendre la bonne dose de risque. Le fait de se sentir confiant, est absolument fondamental pour ça. Ce que vous pouvez donc faire c’est tout mettre en œuvre pour augmenter vos compétences et réduire votre stress.

La journaliste de cette émission explique que dans son cas, la chose qui lui a permis de réduire ce sentiment est de faire une liste de tout ce qu’elle accompli parce que parfois elle se dit :  » j’ai tellement envie d’écrire ce livre, d’avoir cette promotion, de travailler dans ce pays, etc  » qu’elle en oublie de se dire :  » mais oui tu as fait ça, tu es allée en Australie et tu y as travaillé, tu as écrit un livre et tu as participé à ce podcast … « 

On a juste tendance à se dire :  » Ok c’est bon je l’ai fait, maintenant je passe à autre chose.  » et cela nourrit notre sentiment d’insécurité, de ne pas être assez bon, de ne pas être à notre place. L’idée est de prendre du recul, de prendre conscience de ce que nous avons déjà fait et ensuite seulement, de passer à autre chose. Le plus grand danger avec le syndrome de l’imposteur c’est d’être malheureux

 » Le plus grand danger avec le syndrome de l’imposteur c’est d’être malheureux  » – Tara Swart #syndromedelimposteur #emotions #bienetre #developpementpersonnel #coaching

Tara explique qu’elle coache beaucoup de gens qui ont énormément de succès, extrêmement riches mais malheureuses. Prendre du recul et se demander : Dans quelle situation est ce que je ressens du syndrome de l’imposteur ? Essayer de comprendre d’où ça vient. Elle dit que si on ne peut pas suivre une thérapie pour le comprendre, ce qu’il est possible de faire c’est : Faire des choses qui nous aide à ne pas se sentir comme un imposteur. Ça commence par des choses régulières très simples, par exemple : écrire des listes de toutes les choses dont on est reconnaissant, des choses qu’on a accomplies.

Dans son journal personnel Tara note les compliments qu’on lui fait, elle les écrit pour pouvoir les relire quand elle ressent un peu de syndrome de l’imposteur. Ça aide à se rappeler ce que les autres pensent d’elle. Tenir un journal peut être aussi une très bonne chose, pour garder une trace et voir comment le syndrome de l’imposteur s’est logé en sois.

De son côté Kevin Chassangre répond :

  • Déjà en parler. C’est très important puisque c’est d’une part se rendre compte qu’il y a d’autres personnes qui se sentent concernées et c’est lever le secret. Le syndrome de l’imposteur il est vécu généralement de manière complètement secrète et clandestine. Du coup, ça va auto alimenter ces sentiments. En parler c’est s’autoriser à enlever le masque et lever le secret.
  • Le considérer comme il est, c’est-à-dire un ressenti. Car oui, ça n’est pas un fait. Pour rappel, les véritables imposteurs ne se posent pas la question de leur légitimité, alors qu’en parallèle, rares sont les personnes qui sont vraiment compétentes, intelligentes et qui vont pas justement douter.
  • Bien connaître ce syndrome en sois. On est sur des manifestations très hétérogènes, il y a autant de syndrome de l’imposteur que d’individus qui l’expriment. L’idée c’est vraiment de savoir comment il s’exprime, quels sont les symptômes – dans son cas personnel – Pour utiliser ensuite les outils qui vont être perçu comme les plus adaptés à soi et à sa problématique.

Poser les choses à plat / lister factuellement ses accomplissements / être objectifs quant à ses réussites = ce sont des solutions possibles et c’est justement ce qu’a fait Nasria quand elle a commencé à réaliser l’impact concret que son travail avait sur son entreprise et sur le monde qu’il l’entoure.

Le syndrome de l’imposteur n’est pas quelque chose de figé, cela peut être passager voir peut présent dans sa vie, si on prend conscience de l’impact concret de ses accomplissements.

L’aspect mouvant du syndrome de l’imposteur est une chose que les docteurs Imes et Rose Clance avaient déjà constaté dans les années 70s. C’est pour ça qu’elles ont d’abord de phénomène de l’imposteur et non de syndrome. Ce sont les medias qui ont adopté ce terme à la suite de la publication de leur travail. Mais les deux psychologues le réfutent complètement. Le mot phénomène a une portée beaucoup moins dramatique que syndrome qui sous entend une maladie constante dont on pourrait difficilement se défaire.

Kevin Chassangre ajoute que ça n’est pas une pathologie, ce sont plus les éléments autres qui vont s’y greffer qui vont pauser problèmes, comme des symptômes anxio-depressif, un stress important. En tant que tel, le syndrome de l’imposteur est plus une barrière à l’expression de son véritable potentiel qu’une pathologie.

Toutes les personnes qui ont un syndrome de l’imposteur l’oublie mais on apprend énormément de l’échec, c’est une énorme source d’apprentissage, c’est pas une preuve ni d’incompétence, ni d’imposture ou quoi que ce soit d’autre. C’est vraiment une étape vers une réussite. C’est important de l’apprendre aux enfants.

L’une des meilleures façon de faire relativiser le syndrome de l’imposteur : on a le droit de douter, on a le droit d’avoir des sentiments d’impostures, que c’est pas forcément un fait, juste des sentiments, qu’on peut en parler, comme tout être humain on est faillible et imparfait.

Le sentiment d’imposture quand il n’est pas démesuré, et donc loin d’être dangereux et négatif, il peut même être un gage d’intelligence et d’humilité car comme le disait le docteur Kevin Chassangre : Rare sont les personnes vraiment compétentes ou intelligentes, à ne jamais douter d’elle-même.

Merci d’avoir lu jusqu’au bout, c’était la retranscription du Podcast  » Emotions » sur le syndrome de l’imposteur – le lien vers la page officielle ici

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