La solitude : pourquoi faut-il apprendre à l’accueillir ?

Avertissement :

Ceci est une retranscription d’un podcast présenté par Cyrielle Bedu et porté par Louie Media. Émotions, c’est LE podcast pour comprendre pourquoi vous ressentez ce que vous ressentez, et d’où viennent les émotions que vous éprouvez.

Parce que j’aime beaucoup cette émission, parce qu’elle me fait du bien et j’y apprends beaucoup. Je me permets de vous partager la version écrite sur ce blog. Tout le travail et le mérite revient à l’équipe de Louie Media.

Le lien vers le podcast audio de cet article est ici


Introduction : podcast Emotions de Louie Media

Est-ce qu’il vous arrive de redouter de vous retrouver seul.e ? Soit parce que vos ami.e.s ne sont finalement pas disponibles un vendredi soir, parce que votre conjoint.e a dû annuler votre sortie à la dernière minute ou alors parce que vous êtes coincé.e à un séminaire avec vos collègues que vous détestez, et que le wifi de votre hôtel ne fonctionne pas… ?

Pour beaucoup, passer des moments seul.e est une situation à éviter à tout prix. Mais pourquoi la solitude est-elle si peu valorisée ? D’où vient cette image négative qui lui est encore si souvent associée ?

Pour essayer de comprendre tout cela, et bien plus encore, Iris Ouedraogo a rencontré Lucie Azéma, une journaliste qui adore plus que tout voyager seule, et Léana, une mère célibataire qui a longtemps été isolée et a subi sa solitude. Iris a aussi interrogé le psychiatre Gérard Macqueron, la psychothérapeute Monique de Kermadec et la professeure en psychologie Thuy-vy Nguyen, qui ont tous les trois fait des recherches et écrit des ouvrages sur la solitude.


La solitude comme choix de vie

Pour commencer, Cyrielle nous raconte que pour elle, la solitude n’est pas un problème, elle aime bien. Avoir des moments rien qu’à elle, loin du monde et de son entourage parfois. Des moments qui lui appartiennent et au cours desquels, elle peut faire ce qu’elle veut, à son rythme.

Lucie Azéma, autrice et vie seule à Téhéran. Depuis l’âge de 17 ans Lucie voyage seule dans le monde. Elle nous parle de son rapport à la solitude :

Au début, j’ai commencé à voyager seule, ce n’était pas du tout une posture, c’était parce que j’allais dans des pays qui n’intéressaient pas grand monde. J’ai pris goût à cela. C’est là que j’ai développé toute une réflexion sur le fait que c’était ma façon à moi de m’émanciper, d’approfondir ma solitude, de voir ce que je suis capable de tirer dans cette solitude. Pour moi cette solitude, c’est le fait d’être libre.

Quelqu’un qui me dirait  » je ne suis jamais seul.e  » , je pense que c’est quelqu’un qui n’est jamais libre, qui ne peut pas accéder à la liberté.

Si vous êtes du genre à ne pas réussir à passer une soirée seul.e chez vous, vous devez trouver ce que dit Lucie Azema étonnant. Généralement quand elle rencontre des nouvelles personnes et qu’elle parle de son mode de vie, les réactions sont perplexes voir carrément négatives.

Comment peut-on ne pas apprécier de ne pas partager ses voyages avec quelqu’un ? Avec qui prendre ses photos ? Avec qui partager son plat au restaurant ? Qui pour garder nos affaires sur la plage ? Et parce que tout simplement elle ne se sent pas seule ?

Lucie raconte :

Même pour quelqu’un de très ouvert, c’est parfois difficile à entendre. Par exemple quand je vais raconter des voyages ou des choses qui m’animent de façon plus générale, des choses que j’ai faites seule, on va ensuite me demander : mais tu es en couple ? t’as pas d’enfant ? C’est comme si c’était mal vu qu’une femme se débrouille seule, qui voyage seule, qui est heureuse seule. Il y a toujours cette idée qu’une femme seule, elle est incomplète. Quand je lis dans un parc où à la terrasse d’un café, je suis souvent abordée, alors que pas du tout. Soit les hommes pensent que je cherche à être accostée, soit c’est pour me faire des commentaires (souvent négatifs) sur ce que je suis en train de lire. On refuse cette solitude aux femmes, comme si c’était anormal.

Cyrielle s’estime être solitaire également. Elle aime le calme, travailler seule dans un café… car elle est journaliste en freelance, elle travaille en grande partie depuis chez elle. Quand elle explique son mode de vie à des gens, la première réaction c’est :  » mais moi je ne pourrai jamais travailler seul.e toute la journée « . Sauf que pour Cyrielle, ça lui fait du bien. Oui elle aime sortir avec ses amis, partager des choses, quand elle est en poste dans une rédaction, elle aime échanger avec les collègues. Quand Cyrielle est chez elle, les autres ne lui manquent pas vraiment.

La solitude c’est le fait d’être physiquement seul.e ou alors d’être entouré.e de gens sans avoir d’interaction avec eux.

Imaginez-vous seul.e, à une soirée, sans parler à personne par exemple. Parce que vous ne vous sentez pas à l’aise. Vu comme ça, ça n’a pas l’air très réjouissant. La solitude est souvent considérée comme quelque chose de négatif. Elle peut parfois isoler et avoir des répercussions dramatiques.


La solitude, un danger selon notre cerveau

En aout 2003, l’épisode caniculaire qui a frappé la France a été vécu comme un électrochoc. On a pris conscience que des milliers de personnes âgées étaient seules, isolées chez elles, sans contact avec leur famille ou leur voisinage pour leur porter secours quand elles étaient en détresse. Certaines en sont mortes. Quelques années plus tard, en 2011, la solitude a été désignée grande cause nationale dans notre pays. Ce serait même pour certain, le mal de notre époque.

Plusieurs chercheurs ont fait le lien entre isolement et mauvaise santé psychique et physique.

Comme John Cacioppo, LE chercheur américain en neuroscience sur la solitude. Il est mort en 2018 et a fait de nombreuse conférence sur le thème de la solitude au cours de sa carrière. Voici un extrait de l’une d’elle :

(…) La douleur est la version que vous avez pour la solitude, pour le fait de vous sentir isolé de ceux qui vous entourent, font également parti d’un mécanisme d’alerte biologique pour vous avertir des menaces et des dommages envers votre corps social.

John a essayé de comprendre quels effets la solitude avait sur nos neurones. Il a étudié l’activité du cerveau pendant le sommeil de personnes seules. Il a observé qu’elles se micro-réveillaient plusieurs fois pendant la nuit. Comme si elles étaient constamment inquiètes.

Selon le chercheur, cet état d’alerte est une manière pour notre corps de nous avertir que l’on est en danger, en étant seul.

Dans une autre étude, John Cacioppo démontre que les personnes avec un haut score de solitude, mangent plus de junk food que les autres.

Dans son livre, « Lonelyness » (= le sentiment de solitude en français), il explique :

Faut-il s’étonner que nous nous tournions vers la crème glacée, ou d’autres aliments gras, lorsque nous sommes assis à la maison, en nous sentent seul.e au monde ? Nous voulons apaiser la douleur que nous ressentons en intégrant la teneur en sucre et en matière grasse au centre du plaisir du cerveau et en l’absence de maitrise de soit, nous allons droit au but.

En résumé : quand on est seul.e on abuserait de tout, en mangeant et buvant trop, pour combler le vide.

En plus d’être mauvais pour notre santé physique, le fait d’être seul.e est souvent vécu comme une contrainte dans la société. Rappelez-vous : quand vos parents vous punissaient et vous disaient d’aller au coin ou de rester seul.e dans votre chambre. Aujourd’hui à l’âge adulte, vous ou vos amis qui sont célibataires, sont parfois perçu.e.s avec pitié.

Mais pourquoi dans ces cas-là, la solitude est perçue si négative, alors qu’elle est appréciée par Lucie – qui adore voyager seule, par Cyrielle qui aime travailler et lire seule dans son coin ?


L’origine de la vision négative de la solitude

Pour essayer de comprendre d’où nous vient cette représentation négative de la solitude qu’on la plupart des gens. Cyrielle est allée voir Gérard Macqueron, psychiatre et auteur du livre « Psychologie de la solitude ».

On a une vision négative de la solitude car je pense qu’autrefois quand l’Homme était seul, il était en danger. L’Homme est une personne grégaire, qui a besoin de relation sociale pour se réaliser mais aussi pour exister, pour vivre tout simplement. Quand l’Homme était seul dans la nature, il était objectivement en danger.

Par la suite, ce qui c’est passé aussi, c’est qu’on mettait les personnes qui n’étaient pas acceptées par la société au banc. Ils étaient mis au banc : un peu comme le mot abandonné, on les mettait :

  • Soit en prison seul.e
  • Soit en dehors du village, pour qu’il se débrouille tout.e seul.e

Il y a donc toute une vision comme ça où on voulait punir quelqu’un, on le mettait seul.e, en dehors de la société.

Ensuite ce qu’il c’est passé : c’est que pendant de longs siècles, jusqu’aux lumières, on partait du principe que si on était seul.e, on pouvait être en lien avec le diable, avec des forces maléfiques. C’était à un point tel que par exemple, il n’y avait pas d’endroit ou on pouvait s’isoler, ce n’était pas conçu comme tel, en occident. Il a fallut attendre le 17e siècle pour qu’on parle de solitude : c’était le terme qui voulait dire  » petit endroit », là où les gens pouvaient aller pour lire.

Et en plus, je crois que dans cet imaginaire collectif, quelqu’un qui vit seul.e, interroge.

  • Soit il apparait comme quelqu’un de bien, comme un héros, mais alors il apparait comme inatteignable (ndlr : ce passage était confus dans le podcast)
  • Soit comme quelqu’un d’anormal et fou

Même aujourd’hui encore, quelqu’un qui vit seul.e, ça interroge, interpelle l’autre, ça remet en cause les fondements de la société. C’est pour cela que la solitude n’est pas trop valorisée.

Je n’suis pas folle vous savez

Selon Gérard Macqueron, la solitude a historiquement une image négative pour 3 raisons :

  • La solitude représente le danger : il est difficile de survivre seul.e
  • La solitude rappelle les gens isolés, à la marge de la société
  • La solitude fait référence aux forces maléfiques, au diable

Résulte de cela une image négative de la solitude, comme celle qui touche les personnes vivant seul.e.s. Gérard Macqueron, tient à distinguer 3 formes différentes de ce phénomène :

  • Le fait d’être seul.e :
    • C’est le fait de ne pas vivre en famille ou en couple. Un jeune étudiant qui vit seul, une personne qui est veuve vit seule, un divorcé qui n’a pas la garde des enfants vit seul…
    • Pour autant ces 3 personnes là peuvent être tout à fait heureuse.

  • L’isolement :
    • L’isolement c’est le nombre de liens sociaux qu’on a eu dans la semaine. Il faut avoir au moins eu un échange par jour.
    • Il y a des personnes qui n’ont pas de contact avec personne pendant 1 semaine, ils ne parlent à personne, ils sont isolés. Pour certains c’est un choix, et le vive trés bien. D’autes qui sont en pleine ville, personne leur parle, ils sont dans leur studio, ils peuvent mourir, personne ne le saura, c’est une catastrophe.
    • Il y a des personnes pour qui c’est douloureux d’autre non.

  • Le sentiment de solitude :
    • Faire l’expérience intime de ne pas être connecté avec l’environnement. Ne pas avoir de relation satisfaisante. Ce sentiment on peut l’avoir à une soirée, il y a plein de monde mais nous on se sent là, isolé.e, on a rien à dire, on se sent très seul.e. On peut être à la planche à voile, sur une plage tout seul et être super heureux, alors qu’on est isolé, seul et on n’a pas ce sentiment la.


Vivre avec le sentiment de solitude

C’est seulement lorsqu’on subit la solitude qu’elle peut être néfaste physiquement et psychiquement.

C’est ce que qu’a vécu Léana. Elle est née dans une petite république qui composait la fédération de Russie. Durant son enfance, son pays est en proie à une guerre civile, elle et ses parents n’ont d’autre choix que de partir et demander l’asile à l’étranger.

Après un an de voyage arasant à travers l’Europe, ils arrivent en France. Problème, ils ne parlent pas français et ne connaissent personne. C’est là que Léana expérimente le sentiment de solitude pour la première fois. Elle fait l’expérience intime, de ne pas être connecté avec l’environnement dans lequel elle est, ici ce nouveau pays, et n’a pas de relation satisfaisante.

Elle raconte :

Je ressentais beaucoup de solitude parce que j’avais laissé derrière moi, dans mon pays, tous mes amis, toute ma famille, tous mes proches. J’arrivais ici où je n’avais personne, je ne comprenais personne. Je ne sortais pas, je passais mes journées dans ma chambre, à écouter des chansons, la radio et à essayer d’apprendre le français, car c’était très important pour moi. C’était le pont vers les autres. La solitude était énorme, je me rappelle que je faisais énormément de rêves là-dessus, de retourner au pays, c’était mon rêve ultime. À l’époque je priais beaucoup car je rêvais beaucoup de mon papy, de mes amis, de mon école. Partir, ça n’était pas mon choix, mais le choix de mes parents pour mon bien … mais en traversant cette période délicate, dans cette situation là, c’est vrai que j’ai du être trés forte.

Ce sentiment de solitude, ponctuera ensuite toute sa vie. Quelques années plus tard, Léana est désormais une adulte, elle vit à Strasbourg et est devenue interprète en langue Russe. Elle se met en couple, tombe enceinte mais finit par se séparer de son compagnon. Léana, se retrouve alors mère célibataire. Suite à cette rupture, elle sent qu’elle a besoin de changement, direction Paris, seule, avec son petit garçon sous le bras. Là, en plus du sentiment de solitude, elle connait aussi l’isolement car elle est en contact avec peu de personne, en dehors de son bébé.

Petit à petit j’ai compris la difficulté de ma situation, parce que je me suis retrouvée à Paris, seule, sans famille pour me soutenir, surtout concernant mon petit. C’est quelque chose à laquelle je n’avais pas du tout réfléchi en quittant Strasbourg. Je me suis retrouvée un peu dans la même situation de quand je suis arrivée en France : isolée malgré moi car je ne connaissais personne pour aller sortir boire un café. Je n’avais pas de moyen de garde, donc forcément cela m’a pas mal isolé.

La routine classique qui s’est installée : je travaille du matin au soir. Le soir quand je rentre je vais tout de suite récupérer mon garçon. Je rentre à la maison. Je fais à manger. Je lui fais son rituel de couché et ensuite je suis tellement fatiguée, que je dors moi-même. C’est devenu compliqué … À tel point que j’ai développé une anxiété sociale. Au début je ne comprenais pas ce qui se passait avec moi, je ne me reconnaissais pas. Était ce le changement que je vivais ? Est-il dû au déménagement ? Est-ce qu’il est dû au fait de devenir maman ? Je me posais pleins de questions, car au début, je ne l’ai pas détecté facilement le fait d’être isolée.

Léana commence à analyser tous ses gestes, toutes ses paroles, à tenter de gommer son accent pour pouvoir être acceptée. Dans son travail, lors de ses missions d’Interprétariats, elle réfléchit sans cesse à comment se tenir, comment poser ses mains sur la table, comment regarder la personne avec qui elle interagit. Tous ces détails l’empêchent même de faire correctement son travail.

Je me trouvais marginalisée, très seule, et j’enviais beaucoup les autres. Quand je suis juste chez moi, je bois un thé et j’entends des gens passer dans la rue, je me dis : Oh la chance, ils sont ensemble, ils ont la possibilité de marcher comme ça, d’aller quelque part avec des amis … Cette souffrance de solitude a engendré ces envies, ces pensées.


En quoi la solitude nous fait-elle du bien ?

Thuy-vy Nguyen, professeure assistante en psychologie (Angleterre), a beaucoup étudié la solitude. Cyrielle Bedu lui a demandé s’il tait possible parfois – même dans des situations d’isolement comme celle qu’a connu Léana – de pouvoir faire de la solitude une force, si on pouvait, malgré tout, trouver un aspect positif à tout cela.

Youpi, la solitude c’est cool

En quoi la solitude nous fait-elle du bien ? Pour y répondre, Thuy-vy a mis en place des expériences. Par exemple, comment des individus se sentent avant et aprés avoir été mis en situation d’isolement ? Elle explique :

Une des expériences que nous avons faites dans le passé, c’est qu’on a fait venir des gens et on a simplement observés leurs émotions avant qu’ils viennent au laboratoire faire l’expérience et après qu’ils aient passé du temps seul :

  • Soit complétement seul, sans rien à faire
  • Soit avec une tache à faire comme lire un livre ou regarder leur téléphone

Pendant cette recherche, on a vraiment regardé l’évolution de leurs émotions. Nous n’avons donc pas vraiment demandé aux participants : « avez-vous apprécié ou non de passer du temps seul ? ». Nous leur avons simplement demandé « Comment vous sentez vous en ce moment ? », avant et après avoir passé du temps seul.

Thuy-vy Nguyen a cherché à aller au-delà des anciennes études sur la solitude qui tentaient seulement de démontrer si on passait d’un état positif à un état négatif en étant seul. À travers plusieurs expériences, elle a observé ce qu’elle appelle un effet de désactivation =

Les sentiments que l’on ressent quand on est seul.e, ne passent pas de positif à négatif (ou l’inverse), mais qu’ils changent d’intensité.

  • Les émotions intenses c’est par exemple : l’excitation, l’enthousiasme ou la colère et l’anxiété
  • Les émotions peu intenses c’est le fait de se sentir calme, relaxé ou bien triste.

Après avoir placé les sujets dans une situation d’isolement pendant 15 minutes, la chercheuse leur demande, comment ils se sentent ? Est-ce qu’ils ressentent des émotions plus intense comme la colère et l’anxiété ou bien peu intenses comme le calme ou la tristesse. Nous avons constaté que ce qui est intéressant c’est moins de savoir si la solitude fait passer d’un état positif à un état négatif que de savoir si elle fait passer d’une émotion intense à une émotion peu intense.

Ce que nous avons constaté c’est que non seulement les sentiments positifs et intenses diminuent après la période de solitude, mais les sentiments négatifs aussi. C’est donc une question d’intensité et puis bien sur, ces sentiments peu intenses, positifs ou négatifs, ont tendance à augmenter également.

L’impact le plus fort de la solitude est donc sur le niveau de ressenti à nos émotions.

Les gens se sentent moins excités mais ils se sentent également moins anxieux. Et s’ils se sentaient en colère avant d’être seul, ils le sont moins après. Ça nous montre qu’il y a une possibilité que la solitude ne soit pas une mauvaise chose.

En résumé =

Après avoir passé un moment seul, les sujets ressentent moins d’émotions intenses, qu’elles soient négatives (colère, anxiété) ou positives (excitation). Cela indépendamment de l’activité pratiquée durant ce moment en solitaire. L’un des points cruciaux des études de Thuy-vy, est qu’elle a compris que pour que la solitude soit positive, il faut que les individus ne la subissent pas. Elle confirme que c’est sous cette condition uniquement quand la solitude est un choix, qu’elle permet de réduire le stress et de se sentir vraiment relaxé, comme pour Lucie et Cyrielle : on appelle ça la solitude authentique.

Pour que la solitude soit positive, il faut que les individus ne la subissent pas. C’est sous cette condition uniquement, qu’elle permet de réduire le stress et de se sentir vraiment relaxé.


Comment ne plus subir la solitude ?

Thuy-vy Nguyen :

Je pense que les recherches sur la solitude, doivent aller au-delà de se demander si la solitude est positive ou négative et plutôt de s’interroger sur quand est ce qu’elle est positive, car il y a des moments où la solitude est très bonne et d’autre très mauvaise. L’objet de nos recherches avec une autre personne, c’est de demander aux gens à quel moment ils se sentent fidèle à eux même. Il arrive parfois que l’on ne se sente pas nous même quand on est seul. Que se passe t-il à ces moments-là ? Nous interrogeons des gens qui nous décrivent cette expérience et nous explorons alors ce qui se passe dans une solitude authentique en opposition à ce qu’il se passe dans une solitude inauthentique.

Les résultats que nous avons recueillis suggèrent que la solitude peut offrir une capacité d’auto réflexion. Cela semble être un des éléments important dans le fait de passer du temps seul.e. On a également constaté que lorsque nous posons des questions sur l’expérience des gens seuls, ceux qui se sentent authentique dans la solitude, sont ceux qui disent que c’était un moment important où ils pouvaient réfléchir sur eux même.

Dans le cas de Léana, comment faire pour que la solitude devienne authentique ? Pour qu’elle ne soit plus subie ?

Monique de Kermadec psychologue, a rédigé l’ouvrage : « Le sentiment de solitude ». Elle explique à Cyrielle que pour que la solitude soit positive, il faut dans un premier temps l’accepter :

Ce que l’on aimerait c’est que la personne puisse se sentir confortable en rentrant chez elle, en étant pas nécessairement en compagnie de quelqu’un mais être suffisamment détendue ne pas être anxieux et ne pas chercher systématiquement à remplir tout ce temps pour ne pas percevoir que l’on est seul. On voit parfois des personnes célibataires ou qui vivent toute seule, qui se font un emploi du temps énorme avec beaucoup de taches à accomplir pour surtout ne jamais avoir le temps de penser. Je crois que toutes ces activités sont là, destinées à nous empêcher de nous poser, de penser et de ressentir. Hors ce ressenti peut aussi être positif. Je vois des personnes qui entrent en thérapie et qui disent « le soir dés que je rentre chez moi, je mets la TV ou la radio, parce que comme ça je ne me sens pas seule ». Lorsqu’elles arrivent à progresser dans cet apprivoisement de la solitude, elles n’ont plus besoin de mettre systématiquement la radio ou la TV. Si elles l’allument c’est pour un programme précis, c’est pour une rencontre ou une écoute précise.

La solitude nous incite à puiser dans nos ressources personnelles. Parfois il est vrai qu’on peut avoir l’impression dans les premiers instants où on est seul, on peut avoir cette question « mais qu’est-ce que je vais faire ? Comment vais-je m’occuper ? », une fois qu’on apprivoisé cette crainte, on découvre, que certaines idées nous viennent, auxquelles on n’aurait pas pensé. Certains se mettent à écrire, d’autres vont se mettre à lire alors que généralement ils ne sont pas suffisamment intellectuellement libre pour lire, on va dessiner, on va simplement aller se promener, profiter de la nature, du beau temps = tout d’un coup, vivre et sentir. Quand on est seul, on a le temps de ressentir et c’est bien ce qui peut inquiéter certaines personnes. Il est important qu’ils puissent comprendre que ces ressentis ne sont pas nécessairement dangereux, qu’ils sont à apprivoiser bien sur, mais que ces ressentis, les font vivre pleinement.

Ok super maintenant je ressens … je fais comment pour apprivoiser ?

La solitude nous permet aussi de requestionner les valeurs d’une société dans laquelle nous vivons, une société qui nous veut productive, qui nous incite à avoir des activités qui vont soit nous enrichir ou nous permette d’être connu, de nous démarquer par rapport à celle-ci. Hors, les taches dans lesquelles nous allons nous engager quand nous sommes seuls ce sont des taches qui vont soit nous permettre de nous exprimer et d’être franchement nous même, sans crainte de ne pas être le meilleur ou la meilleure, ce sont des moments ou nous allons pouvoir re questionner nos valeurs et retrouver nos valeurs profondes, celles qui vont nous permettre de nous sentir dans une vie qui a du sens pour nous, dans une vie qui est pleinement satisfaisante et pas simplement une vie qui est dictée par le monde extérieur.

Monique explique que la solitude – quand elle est positive – permet paradoxalement de mieux appréhender et de mieux vivre ses relations avec les autres. Puisqu’on arrive à se définir sans elles, elles ne sont pas notre seule source de bien être, on ne dépend alors pas uniquement d’elles.

Ce n’est pas l’exercice d’une présence en continu qui va faire de nous un bon ami, un bon conjoint ou partenaire … c’est vraiment ce temps que nous nous accordons, dans lequel nous rechargeons nos forces. Nous retrouvons ainsi une disponibilité pour l’autre, sinon il y a saturation. Une solitude positive, nous apporte une certaine liberté puisqu’à ce moment là nous n’avons plus à répondre à l’attente de l’autre, à faire ce que le monde pourrait attendre de nous. Nous pouvons faire nos choix, découvrir qu’on fond…. on n’est pas si mal que ça 😉

C’est aussi ce qu’a découvert Léana, au fur et à mesure de son expérience au travers de la solitude. À force d’être seule, de se questionner constamment sur son identité, les raisons de sa solitude, son rapport avec les autres … Elle avait fini par se perdre et ne plus savoir qui elle était. La solitude de Léana n’était pas authentique car elle n’était pas choisie, elle y pensait tout le temps. Au bout de plusieurs années Léana se rend compte que tout ce temps passé seule, lui avait en fait permis de se sonder, de mieux se connaître elle-même et ses envies. Elle a réussi à transformer sa solitude subie en solitude authentique.

La solitude nous offre du temps à consacrer à nous-même

La solitude m’a permis de mieux me connaitre. Je passais beaucoup de temps avec moi, je réfléchissais beaucoup à moi. Je prenais du temps pour moi et je le fais toujours. Je me suis organisée par rapport à mon rôle de mère. Je m’arrange pour trouver au moins 1h par jour pour moi. Voilà, petit à petit, comme la souffrance diminuait, j’ai appris à moins m’isoler moi-même, moins me sentir isolée, moins me sentir rejetée et marginaliser, à m’ouvrir plus. En réalité, je ne suis pas seule, et c’est souvent comme ça, j’ai mon petit et je peux à n’importe quel moment appeler ma mère ou d’autres amis, ou leur écrire un sms … je ne suis pas seule en réalité, mais dans ma tête je l’étais.

Lorsqu’on accueille la solitude, que l’on apprend à l’apprécier, elle nous devient donc nécessaire et agréable. C’est le cas pour Léana, aprés avoir tant souffert d’être seule, elle s’octroie 1h de solitude, pour prend soin d’elle. un temps essentiel à son équilibre psychique.

C’est paradoxal, mais j’ai besoin de ce moment de solitude, toute seule, avec moi pour être bien pour passer une belle journée. Maintenant je peux dire, la solitude je ne la subis plus, certes comme tout le monde, je ressens des moments de solitude mais c’est plus un poids pour moi. Il n’y a pas très longtemps, j’ai passé une journée toute seule, parce que mon petit n’était pas là, à la fin de la journée je me suis dit « Léana j’ai passé une super journée avec toi », je ne m’étais jamais dis ça avant. Je ne cherche plus de partenaire n’ont plus, si je trouve ma moitié, mon âme sœur, c’est tant mieux, mais je ne cherche pas désespérément. Je sais que si ça arrive, je ne suis pas seule car j’ai moi-même, je me connais, je suis ma meilleure amie. Avant, quand je rentrais et que mon petit n’était pas là, la maison vide, je détestais ça, rentrer et trouver ma maison vide, ce vide étant le reflet de mon vide intérieur, et là non car je suis la 🙂


Pour conclure

Chacune à leur façon Léana et Lucie nous permettent avec leurs histoires spécifiques que comprendre que la solitude peut être une émotion émancipatrice et pas forcément négative. Quand on a la possibilité, comme ce fut le cas pour Léana, de transformer son isolement et son sentiment de solitude en une force, on peut découvrir qu’elle nous offre des espaces de créativités et nous permette de développer notre singularité.

Si vous avez un rapport apaisé à la solitude, que c’est un choix et qu’elle n’est pas subie, Cyrielle espère que cet épisode aidera vos amis à comprendre un peu mieux votre besoin de vous isoler parfois. Elle espère également que si vos amis vous tannent pour sortir le samedi soir, alors que vous avez envie de rester blottie sous votre couette, vous aurez le courage de leur répondre  » ce soir j’ai envie de rester seule ».


Vous pouvez retrouver toutes les références sur le site de Louie Media :

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