Qu’est-ce que la gestalt-thérapie ? (vidéo)

Nouvelle retranscription (mais pas de mon podcast préféré louie Media – Emotions) d’une vidéo d’experts expliquant les grands concepts de la gestalt-thérapie.

Il s’agit de l’intervention de Gianni Francesetti, Margherita Spagnuolo-Lobb, Pietro-Andrea Cavaleri. Il faut savoir qu’ils pèsent dans l’game de la gestalt-thérapie :

Gianni Francesetti est psychiatre, gestalt-thérapeute et président de l’EAGT (European Association for Gestalt Therapy).
Il exerce en Italie et a dirigé la mise en œuvre de l’ouvrage collectif « Psychopathologie en Gestalt-thérapie », paru en octobre 2013 aux Éditions de l’exprimerie.

Margherita Spagnuolo-Lobb est psychologue et gestalt-thérapeute. Elle dirige, en Italie, l’Institut de Gestalt HCC.

Pietro-Andrea Cavaleri est psychologue et gestalt-thérapeute, également présent à l’Institut de Gestalt HCC.

Vidéo sur qu’est-ce que la Gestalt-Thérapie

Je vous mets avant tout la source de cet article et je remercie par avance la personne qui a réalisé la traduction puis intégrer des sous-titres à cette vidéo. Cet article n’en est que la retranscription.


Le diagnostic intrinsèque :

Dés le début de la vidéo Gianni Francesetti nous dit ceci :

En Gestalt nous avons des diagnostics internes :

Le DSM, les types de psychologiques de Jung, et les autres catégories sont des diagnostics extrinsèques qui reposent sur le rapport entre ce que je vois et un modèle extérieur.

Le diagnostic intrinsèque ou esthétique :

C’est le diagnostic de la qualité de présence et d’absence qui se produit dans l’ici et maintenant.  Je me réfère à mes sens quand le patient et moi sommes présents l’un à l’autre et la psychopathologie en termes gestaltistes est absence, parce que la santé est une présente pleine et entière.

C’est différent de l’idée de la médecine : dans laquelle la santé est l’absence de douleur. Parce qu’en psychopathologie, l’absence de douleur est aussi une pathologie : c’est l’anesthésie, et c’est une situation pathologique.  

Être « sain » d’un point de vue gestaltiste signifie être pleinement présent avec nos sens à ce qui arrive, à la situation du moment. La psychopathologie se décline donc comme absence.

Être « sain » d’un point de vue gestaltiste signifie être pleinement présent avec nos sens à ce qui arrive, à la situation du moment.

Gianni Francesetti

L’ici et maintenant :

Dans la vidéo nous voyons ensuite Margherita Spagnuolo-Lobb nous dire ceci :

Les fondateurs de la gestalt étaient tous des psychanalystes.

En réalité c’est une réédition des concepts de transfert et contre-transfert qui sont centraux dans la relation thérapeutique. Nous devons aussi remercier Freud pour avoir focalisé l’intérêt de l’analyse sur ce qui arrive entre le thérapeute et le patient.  

Dans une approche phénoménologique, à la différence de l’approche analytique, nous nous occupons de l’expérience actuelle du patient et du thérapeute.

C’est pourquoi lorsqu’un patient dit au thérapeute :

«  Vous me rappelez mon père parce qu’il a une barbe / ta barbe me rappelle mon père » 

Cela n’est pas un moyen d’analyser le passé du patient. Le passé nous intéresse, mais dans la façon dont il s’actualise dans le présent. Donc nous nous demandons : de quelle façon le patient cherche t il à me dire quelque chose à moi, le thérapeute ?

  • Dans cet instant, non pas ce qu’il n’a pas dit à son père ;
  • non pas ce qu’il devrait dire à son père,
  • mais ce qu’il veut nous dire en étant conscient de la différence que porte cet instant, de sa nouveauté.
  • Donc c’est dans l’ici et maintenant que vient le changement.

Ce n’est pas en analysant le passé, pas en cherchant pourquoi le patient évoque tel élément du passé, c’est en regardant comment cet élément du passé l’amène à former une gestalt. Autrement dit, le présent est l’occasion de clore d’une façon nouvelle quelque chose qui est resté ouvert dans le passé.

Le présent est l’occasion de clore d’une façon nouvelle quelque chose qui est resté ouvert dans le passé

Margherita Spagnuolo-Lobb

Que rencontre un patient lorsqu’il entre dans le cabiner d’un gestaltiste ?

Gianni Francesetti répond :

Il rencontre un thérapeute qui a les sens en éveil à ce qui advient ; qui met l’accent sur le ressenti corporel et au vécu du patient plutôt que sur des catégories de classification préconçues, qu’elles soient de type sémiotiques ou herméneutiques. Son orientation est donc esthétique.

La sémiotique étudie la forme et le fond des langages alors que la sémiologie étudie les signes au sein de leur système. Une analyse sémiotique consiste à dégager les rouages qui organisent un langage : unités et relations entre ces unités. … La sémiologie est aussi confondue avec la sémantique. source

L’herméneutique est la théorie de la lecture, de l’explication et de l’interprétation des textes. L’herméneutique ancienne est formée de deux approches complètement différentes : la logique d’origine aristotélicienne d’une part, l’interprétation des textes religieux et l’hermétisme d’autre part. (wikipedia)

Approche esthétique au sens étymologique, c’est-à-dire fondée sur les sens.

Il rencontre un thérapeute qui s’implique car ce n’est pas seulement le ressenti et le vécu du patient mais ce sont aussi mon ressenti corporel et mon vécu qui sont en jeu. C’est dont un thérapeute impliqué. Le thérapeute soutient ce qui émerge de l’intentionnalité du patient.

La souffrance naît dans la distorsion de l’intentionnalité.

Cela veut dire que l’on est en vis-à-vis, que l’on peut se déplacer. Cela signifie que ce sont des expériences corporelles qui ont à voir avec la distance, la proximité. Cela signifie qu’on peut se toucher mais dans le sens où ces expérimentations corporelles visent toujours à soutenir une plus grande présence du patient, à la frontière-contact.

La frontière-contact

Pietro-Andrea Cavaleri dit :

  • Pour comprendre la psychanalyse, on doit faire référence à l’inconscient.
  • Pour comprendre la gestalt-thérapie, on doit faire référence au concept de frontière-contact.

L’inconscient est à la psychanalyse ce que la frontière-contact est à la gestalt-thérapie.

Mais qu’est ce que la frontière-contact ?

La frontière-contact selon Perls, n’est pas quelque chose de transcendantal ou de métaphysique, c’est quelque chose de très concret :

C’est la peau et les orifices cutanés.

C’est la limite qui contient l’organisme et qui fait frontière avec ce qui n’est pas l’organisme, c’est-à-dire avec l’environnement. Cette limite est le entre qui unit et qui sépare à la fois le corps et ce qui est à l’extérieur du corps. La peau, cette limite, ce entre, est le lieu du mental. C’est le lieu où, selon Perls, naît et s’organise le psychisme humain.

Tout ce qui arrive à la frontière, du moment où l’organisme se constitue jusqu’à la fin de nos jours, ce qui arrive là, cette organisation de l’interne et de l’externe, des expérience proprioceptives et perceptives à tout cela est à l’origine du psychisme humain.

La façon dont tout cela s’organise détermine la santé mentale, la vie psychique, la souffrance psychique, détermine aussi la cure, la thérapie.

La phénoménologie

Gianni Francesetti dit :

Le rapport au monde du patient et le rapport au monde du thérapeute co-construisent une réalité phénoménologique c’est-à-dire à la fois réelle et changeante dans l’espace relationnel thérapeute-patient.

Exemple :

Si un patient arrive avec une expérience dépressive, ce champ dépressif émerge dans l’espace thérapeutique. Le temps ralentit, l’espace se dilate et entre nous survient cet aspect essentiel du champ dépressif :

Le thérapeute et le patient ne se rejoignent pas. Ils vivront ici et maintenant l’inaccessibilité à l’autre.

De là commence le voyage thérapeutique. Ce qui arrive est ce qui s’actualise. En ce sens la gestalt est phénoménologique parce qu’un phénomène émerge qui est le champ relationnel dans l’espace thérapeutique.

On dit parfois que la phénoménologique s’occupe de ce qui apparait. Mais attention parce que « ce qui apparait »  peut avoir deux sens :

  • 1 / Un sens spatial :
    • Je dirai que vous pouvez voir ma chemise et non ma peau. C’est-à-dire seulement la couche extérieure. Mais à mon avis, ce n’est pas le sens de « ce qui apparait » en phénoménologie.

Le sens originel du mot phénomène : est ce qui apparait quand nous nous tenons près du phénomène lui-même. Cela introduit la dimension temporelle :

  • 2 / Un sens temporel :
    • C’est ce qui prend vie, ce qui s’actualise, ce qui pousse, et en ce sens la qui apparait.

Le gestalt-thérapeute

Pour conclure Margherita Spagnuolo-Lobb dit :

Je crois que les théories et les méthodes sont comme des vêtements que l’on choisit au début de sa formation pour parvenir à un objectif commun.

Je crois qu’un gestalt-thérapeute peut affronter et doit pouvoir affronter n’importe quel type de pathologie.  Mais il est clair que l’approche que l’on a, permet de clarifier certains désordres, au moins au début, elle les rend plus familiers.

Clairement, ce n’est pas une formation nosographique.

La nosographie est la description et la classification méthodique des maladies. Elle est également appelée « histoire de la maladie » – wikipedia

Travailler avec des troubles sévères, dans l’instant présent comme nous le faisons, sur l’aspect esthétique, demande une grande expérience.

  • Alors que la formation psychiatrique, qui est de type nosographique, rend le diagnostic plus facile parce qu’il se réfère à des critères externes
  • Pour nous le diagnostic nécessite une dia gnose c’est-à-dire une traversée de la connaissance qui nécessite une grande expérience du thérapeute. Pour nous tout passe à travers l’expérience, y compris celle du thérapeute.  

Traverser l’expérience psychotique, l’expérience borderline, est moins simple pour un thérapeute dans la mesure où celui ci possède une structure névrotique. On peut ainsi distinguer ce qui est plus simple au début de la formation.

Mais il est clair que lorsque le thérapeute traverse une connaissance des souffrances les plus graves de type psychotique ou borderline, les possibilités données par l’approche phénoménologique et esthétique sont beaucoup plus grandes que dans l’approche nosographique parce qu’elle permet de se cramponner à cette personne-là, ce qui est beaucoup plus efficace. C’est efficace aussi pour le thérapeute qui est plus satisfait, moins exposé au burn-out parce qu’il trouve dans la rencontre thérapeutique une motivation existentielle à accompagner la souffrance du patient pour la transformer en beauté.


Merci à traduction Alexandre Siegwald quia fait la traduction de la vidéo.

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