Histoire et origines de la Gestalt-thérapie

Comment en est-on arrivé à la Gestalt-thérapie ? Ici vous allez apprendre quelle est l’histoire et quelles sont les origines de la Gestalt-thérapie. Vous pourrez découvrir :

  • L’histoire du père de la GT Fritz Perls et les moments clés de sa vie
  • Les principaux « parents » de la gestalt-thérapie

Mes sources pour cet article :

  • Livre de Martine Périou Découvrir la Gestalt Thérapie
  • Article provenant du blog de la thérapeute Francine Saal à lire ici
  • Article du site nospensees.fr à lire ici
  • Mes notes de cours 🙂

Fritz Perls, le père de la gestalt-thérapie

Friedrich Perls est appelé le père fondateur de la gestalt-thérapie, mais il a été entouré par d’autres personnalités qui ont prolongé la pensée de Perls et ont contribué à ce qu’est la Gestalt-thérapie d’aujourd’hui.

Fritz Perls reste un personnage important car en plus d’avoir posé les premières bases de la Gestalt-thérapie, c’est un personnage hors normes et son histoire l’a amené sur bien des embuches.

Avant de découvrir son histoire :

On peut dire que Friedrich Perls a été quelqu’un avec des valeurs fortes. « Fritz était profondément épris de liberté, anarchiste, provocateur et anticonformiste.(…). La créativité et la spontanéité lui importaient davantage que le respect des conventions. » (Cf livre de Martine Périou : Découvrir la Gestalt-thérapie). D’ailleurs sa démarche mit beaucoup de temps avant d’être pratiquée à grande échelle, ça n’est qu’à l’âge de 75 ans, avec le mouvement de mai 68 aux états-unis, que Fritz Perls et sa Gestalt-thérapie fut reconnue.

Jeunesse

Il est né dans un ghetto juif, à Berlin, le 8 juillet 1893. Il avait deux sœurs aînées, Else et Grete. Son père, Nathan, était négociant en vin et était souvent absent de la maison. Sa mère, Amalia, juive pratiquant, se disputait souvent avec son mari et les échanges de coups n’étaient pas rares. Elle venait d’une famille appartenant à la petite bourgeoisie, passionnée de théâtre et d’opéra, elle inculqua à son fils l’amour de l’art (qui lui restera toute sa vie).

Friedrich ne s’entendait pas bien avec son père, il se heurte violemment à lui. Ce dernier méprisait son fils, le traitait de « tas de merde » et Fritz le haïssait à son tour. La relation que Perls entretenu avec son père a toujours été conflictuelle. Dans son journal, il décrit son progéniteur comme un homme hypocrite et ambivalent, qui détestait sa mère et la trompait avec d’autres femmes. Le rejet de son père était tel que Perls refusa d’assister à ses obsèques.

Durant sa scolarité, Fritz s’avère « médiocre » (selon ses propres mots). À cette période, il est également comédien dans une troupe de théâtre avant-gardiste conduite par Max Reinhardt, qui va l’influencer grandement son travail thérapeutique. Renvoyé de l’école à 13 ans, Fritz Perls est placé comme apprenti (en guide de punition par son père). Peu après, s’inscrit de lui-même dans une école libérale où il reprend ses études.

Dans la Gestalt-thérapie => l’émergence et le développement de la créativité sont particulièrement favorisé.


Ses études et le début de la vie adulte

À 20 ans, il reprend donc ses études. Il se lance dans l’étude de médecine mais peu de temps après éclata la Première Guerre Mondiale et Perls s’enrôla comme volontaire de la Croix-Rouge. Il en reviendra gazé, blessé physiquement et psychologiquement, cynique et sans grande illusion sur la nature humaine. Cette expérience le marqua profondément.

Fritz Perls reprend ses étude et obtient son diplôme de médecine, en 1920. Il est docteur en neuropsychiatrie. La psychanalyse est alors en plein développement mais ses thèses reçoivent un accueil mitigé. À cette même époque, il fait une plongée dans le dynamisme culturel de Berlin, il se joint au groupe libertaire du Bauhaus qui rassemble des artistes, des poètes, des architectes, des philosophes.

Les rencontres de cette époque vont influencer petit à petit l’élaboration de la Gestalt-Thérapie :

Salomon Friedlaender

Sa première analyste (Perls a alors 33 ans), suscite en lui le désir de devenir psychanalyste. Négligeant l’exploration du passé pour se centrer sur l’actualité, elle se démarque de l’héritage freudien. Émigré aux États-Unis, elle continuera de le soutenir. C’est elle qui va l’accueillir 20 ans plus tard.

Kurt Goldstein

Professeur de médecine à Francfort qui l’initie à la Gestalt-théorie (attention différent de Gestalt-thérapie). Goldstein promeut une approche globale de l’être humain et réfute la fragmentation en organes, parties ou fonctions. Perls sera son assistant quelque temps (1926), c’est d’ailleurs là qu’il rencontra sa femme Laura qui deviendra à son tour psychanalyste et participera activement à l’élaboration de leur nouvelle méthode.

Des psychanalystes

Des psychanalystes tel Clara Happel, Eugen Harnick, Paul Schilder, Otto Fenchel furent ses analystes ou ses superviseurs. L’attitude froide et dogmatique de certains le déstabilise et il l’éloigne de cet posture.

William Reich

Ce psychanalyste dissident sera son quatrième thérapeute (1930). Ses travaux sur la cuirasse musculaire influencent Perls, ouvrant la porte à l’expression du corps et des émotions. Il déclare alors se sentir enfin compris et énergisé.


Une nouvelle vie en Afrique du Sud.

En 1934, Perls fuit l’Allemagne nazie et s’installe en Afrique du Sud, où il fonde l’Institut sud-africain de Psychanalyse qui attire une nombreuse clientèle. À cette époque, Perls conserve le dispositif analytique du divan. Il devient un notable, riche et connu : il habite une luxueuse résidence avec tennis, piscine privée et piste de patinage sur glace ! Il pilote son avion et mène, avec son épouse, une vie bourgeoise, très mondaine. Mais cela ne dure pas.

En 1936, il se rend au Congrès International de Psychanalyse pour communiquer ces découvertes. Profondément déçue par l’accueil réservé de Freud (même Reich le reconnaît à peine), il ne se décourage pas et poursuit ses thèses qui aboutissent à son premier livre, « Le moi, la faim et l’agressivité » (1942). Perls y démontre la nécessité d’une saine agressivité. Le sous-titre de l’ouvrage, « révision de la théorie de Freud et de sa méthode » manifeste clairement le désir de se démarquer de la psychanalyse. Son séjour en Afrique du Sud marque un tournant. De nombreux contacts l’influencent, tels Jan Christian Smuts, philosophe et personnage politiques dont l’apport est la notion de « holisme » qui propose une vision globale de l’homme et de la société.

En 1942, alors que la deuxième guerre mondiale fait rage, Perls s’engage dans l’armée comme Médecin-officier et il sert pendant quatre ans comme psychiatre, sur place en Afrique du Sud. Il est souvent absent, multiplie les aventures sexuelles, se désintéresse de plus en plus de sa femme et de ses enfants, s’emporte souvent, jusqu’à les frapper – reproduisant ainsi le comportement de son propre père.

Quelques idées fondamentales du livre Le moi, la faim, l’agressivité :

  • Contact direct et authentique avec le client
  • Centration sur l’instant présent
  • Valorisation des sentiments et des émotions
  • Approche holistique de l’organisme et de son environnement
  • Prise de responsabilité de son ressenti et de ses besoins

Rage-quit pour New York

En été 1946, à l’âge de 53 ans, il décide de tout quitter à nouveau : sa famille, sa maison luxueuse, sa clientèle fortunée, et le voici reparti vers de nouveaux rivages …

Un comité d’accueil composé de psychanalystes émigrés – ainsi Keren Horney sa première thérapeute, Erich Fromm connu pour son approche existentielle et Clara Thompson, élève de Ferenczi – lui permet de se faire rapidement une nouvelle clientèle. Sa famille le rejoint en 1947. La Gestalt-thérapie s’élabore progressivement dans le creuset d’un cercle intime ( = le groupe des sept, qui prend l’habitude de se réunir chez les Perls, à l’initiative de Laura) dont font parti :

  • Paul Goodman, écrivain polémiste qui mettra en forme les manuscrits de Perls, et bien plus … Il développera la théorie du Self (processus d’adaptation à l’environnement)
  • Isadore From, un philosophe phénoménologue qui fera connaître la Théorie du self
  • et Paul Weisz qui initie Perls au Zen. Cette posture imprimera à la GT l’accent fondamental porté sur « l’ici et maintenant »

C’est donc en 1951 que le premier livre est publié : Gestalt-thérapy, qui marque le début officiel de la nouvelle pratique.

Perls a alors 58 ans. Ce livre est rédigé pour l’essentiel par Paul Goodman à partir de notes manuscrites remises par Perls. Tout le monde s’accorde à reconnaitre Goodman comme « le théoricien » du groupe et Perls comme « le technicien ». Ce livre est écrit dans un langage obscur et ne remporte que peu de succès : quelques centaines d’exemplaires à peine sont vendus (il faudra attendre vingt ans encore pour que Isadore From le fasse connaître …

À partir de 1952, Perls, sa femme, Goodman et From commencent à enseigner la nouvelle méthode dans deux modestes instituts, à New York et à Cleveland, près de Chicago. Le succès demeure limité, les étudiants sont encore peu nombreux.

Son épouse décrit ainsi la place de Perls dans l’institut : « sans le soutien et les encouragements constants de ses amis, sans mon appui et sans collaboration continue, il n’aurait jamais écrit une seule ligne, ni fondé qui que ce soit. ». Il lance des idées mais laisse à Laura et Paul Goodman le soin d’approfondir et de former des spécialistes.


Gestalt-théorie ≠ Gestalt-thérapie

Gestalt théorie

La psychologie de la formethéorie de la Gestalt ou gestaltisme (de l’allemand, Gestaltpsychologie) est une théorie psychologique et philosophique proposée au début du xxe siècle selon laquelle les processus de la perception et de la représentation mentale traitent les phénomènes comme des formes globales plutôt que comme l’addition ou la juxtaposition d’éléments simples.

Gestalt-thérapie

La Gestaltthérapie, parfois appelée Gestalt, est à la fois une approche thérapeutique, un corpus de concepts et un ensemble de pratiques visant un changement personnel, psychosocial et organisationnel. Cette approche thérapeutique est centrée sur l’interaction constante de l’être humain avec son environnement.

À la fin de cet article vous trouverez une autre lecture de la différence entre Gestalt-théorie et Gestalt-thérapie


Toujours dans cette période avec le groupe de 7, la publication du livre et les deux écoles, Fritz Perls voyage à travers les USA pour faire connaître la Gestalt. De ses rencontres professionnelles, il rapporte toujours des nouveaux concepts et de nouvelles pratiques. Fritz est un collecteur d’idées nouvelles, curieux de tout ce qui peut élargir sa vision et enrichir la Gestalt. Mais dès qu’il rentre à New-York, il semble être trés critiqué par le groupe des 7 qui n’apprécie pas son éclectisme et son manque de rigueur. Encensé pendant ses tournées, il ne supporte plus d’être dévalorisé quand il revient à New-York. Une scission se crée entre les théoriciens de la Gestalt (dont Paul Goodman et Laura Perls) et Fritz Perls à qui l’on reproche une démarche expérimentale trop empirique. (source provenant du livre de Martine Périou)


Un nouveau départ …

En 1956 : Fritz Perls est découragé et fatigué de prêcher dans un semi-désert. Il est lassé de sa relation avec Laura. Il est cardiaque… Il a 63 ans et il considère que sa vie comme « achevée dans l’indifférence générale ». Il rêve de se retirer, pour terminer ses jours, a Miami, sur la côte ensoleillée de la Floride, au bord du golfe du Mexique…

Il vit seul, sombre et retiré. Il reçoit quelques clients en thérapie, mais il n’a aucun ami. Il n’a plus aucune activité sexuelle, par crainte d’une crise cardiaque…jusqu’à sa rencontre avec une de ses clientes Marty Fromm, 32 ans, qui est en thérapie avec lui quatre à cinq fois par semaine. Elle est timide, névrosée, frigide et elle ne fait jamais l’amour avec son mari. Et voici qu’un jour, après une séance, Fritz lui met les bras autour du cou et l’embrasse ! Bientôt ils reprennent tous deux goûts à la vie et deviennent amants passionnés. « Ce fut la femme la plus importante de ma vie ».

À 65 ans, Fritez Perls est toujours motivé par des expériences extrêmes et comme les hippies de la jeune génération, il s’adonne à la consommation de drogues psychédéliques : LSD, champignons … Son côté caractériel et parano est amplifié et le rend tellement et insupportable que Marty décide de le quitter après 2 ans d’idylle.


… dans l’errance.

En 1962 et 63, à l’âge de 70 ans, il entreprend un périple de dix-huit mois autour du monde et séjourne, notamment en Israël, à Ein Hod, dans un village de jeunes artistes beatniks. Il est fasciné par leur mode de vie : ne rien faire, explicitement et ne pas s’en sentir coupables mais heureux !

Il se remet lui-même à la peinture avec délices.


Puis, il se rend au Japon – où il séjourne deux mois dans un monastère Zen « juste pour voir »… mais avec le secret espoir de goûter le « satori » (l’illumination). Il avait pratiqué le Zen aux Etats-Unis, avec son ami Paul Weisz et le zen l’attirait en tant que religion sans Dieu, mais il est déçu et surpris de voir qu’avant chaque séance il faut invoquer une statue de Bouddha et se prosterner devant elle.


L’arrivée de mai 68

En avril 1964, Perls s’établit à Esalen, baptisée depuis « La Mecque de la psychologie humaniste », où 2 jeunes Américains, passionnés de psychologie et d’orientalisme, venaient de monter un Centre de Développement du Potentiel humain et faisaient venir d’éminents conférenciers pour animer séminaires et stages. Fritz y organise quelques sessions de Gestalt et multiplie les démonstrations. 

Mais son succès reste lent : ses premiers ateliers n’attirent que quatre ou cinq personnes.

Et voici le grand mouvement planétaire de 1968, amorcé par le “ras-le-bol” des étudiants californiens, lassés de l’american way of life. À quoi bon amasser des richesses, si l’on n’est pas heureux ? La poursuite éperdue de l’avoir, et de l’avoir plus, fait place à une quête de l’être et de l’être mieux.

Fritz Perls a maintenant 75 ans. Sa photo paraît dans les grands hebdomadaires américains. Il « fait » la couverture de Life. Il est promus « le Roi des hippies ». Le magazine Life présente les idées de Perls, sa recherche d’une vie authentique, dans le contact direct d’homme à homme, sans artifice. Ses séminaires « explosent » brusquement : plus de 300 personnes viennent l’écouter chaque jour et se disputent pour « travailler » avec lui quelques minutes.


Une fin surprenante

En juin 1969, Perls décide de fonder une communauté, un « kibboutz », où l’on puisse « vivre la Gestalt 24 heures sur 24 ».

Après être passé de la Gestalt individuelle –> à la Gestalt en groupe, il passe de la Gestalt en groupe –> à la Gestalt dans la vie quotidienne.

Il achète un vieux motel de pêcheurs sur l’île de Vancouver, au bord de la côte ouest du Canada et s’y installe avec quelques fidèles disciples. Tout le monde partage son temps entre psychothérapie, formation et travail collectif. Perls se dit « enfin heureux et comblé »

Fritz poursuit ses voyage pour promouvoir la Gestalt, à travers les Etats-Unis mais aussi au Japon et en Europe. 6 mois après son installation à Cowichan, lors d’une tournée, il est hospitalisé à Chicago.

Alité et affaibli, Fritz retrouve ses vieux réflexes, il se rebelle contre son infirmière qui lui a demandé de ne pas se lever. « Je vous interdis de me dire ce que je dois faire » … dit-il avant de retomber sur son oreiller, mort.

Le rebelle est mort en rebelle, le 14 mars 1970.

(source provenant du livre de Martine Périou)

A son éloge funèbre, Paul Goodman le critiqua vivement, estimant qu’il avait « trahi la Gestalt », ce qui attisa encore la sourde querelle entre ses anciens amis de la Côte Est et ceux de Californie, qui ont désapprouvé ces « sordides règlements de compte. »

Ainsi a vécu Fritz Perls, qu’il faut bien – qu’on le veuille ou non – considérer comme le principal créateur et le porte-parole de la Gestalt-thérapie, même s’il n’en fut pas, à proprement parler, le théoricien. Il a beau être critiqué, voire contesté, par certains Gestaltistes contemporains, il n’en demeure pas moins qu’il a laissé une forte empreinte personnelle à cette approche nouvelle, qui a été considérée aux Etats-Unis comme « l’innovation la plus importante en psychiatrie depuis Freud » et qui a conquis, depuis, l’un des tout premiers rangs – si ce n’est le premier – des méthodes de thérapies et de développement personnel Outre-Atlantique.

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